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Article paru dans "Bilan Magazine" 30 Novembre 2012

"BIENVENUE SUR MON YACHT"

Ces palaces flottants coûtent un million de francs le métre. Mais qui peut encore se les offrir?

Par Vincent Gillioz, Novembre 2012.

Paroxysme de la richesse; les super, méga et gigayachts font encore et toujours partie de la panoplie des plus grandes fortunes de ce monde. Toutes, par passion, plaisir ou simple crânerie, ont succombé à l’appel du palace flottant, l’indispensable et dispendieux joujou de tout milliardaire (ou au moins multimillionnaire) qui se respecte.

Qui possède quoi?

Super, giga ou méga?
Le monde nautique a son vocabulaire spécialisé: On parle de superyacht pour les unités à partir de 24 mètres (taille minimale pour être exposé au Monaco Yacht Show).
Le terme mégayacht est requis à partir de 45 mètres, alors les gigayachts sont des bateaux dépassant 65 mètres, ce qui représente environ 150 unités à travers le monde.

Plusieurs fortunes et résidents suisses font partie des happy few à disposer d’un yacht. Parmi eux, le milliardaire suédois Bertil Hult, patron des écoles de langues EF. L’homme d’affaires passe volontiers son temps libre sur son superbe voilier de 53 mètres Erica XII.
La princesse suédoise Victoria et son époux le prince Daniel ont même eu le privilège d’y passer leur lune de miel.

L’éditeur fortuné Jürg Marquard est aussi de ce petit monde et n’hésite pas à se montrer avec son épouse sur Azzura II, son yacht de 48 mètres de long.

Ex-magnat du papier reconverti dans le tabac et l’acier, Jacques Lejeune, domicilié à Genève, possède encore une belle unité: l’Idyllwild, avec ses 44 mètres, rentre presque dans la classe des mégayachts (lire l’encadré ci-contre).

Pour sa part, l’ancien champion du monde de F1 Alain Prost s’est laissé tenter, mais beaucoup plus modestement, puisque son Ferretti 830 ne mesure que 25 mètres.

Le commerçant Marco Vögele préfère, quant à lui, la voile et ne rate aucune régate avec son fameux Gliss, un superbe Royal Huisman de 32 mètres.

Le Vava II (96 mètres) du couple Bertarelli, classé 31e des plus grands yachts du monde, est évidemment le plus connu. La presse mondiale n’a pas manqué de relever son design hors du commun lors de sa mise à l’eau l’an dernier.

Pour la vraie démesure, il faut se tourner vers les Russes, Moyen-Orientaux ou Américains qui restent sans conteste les champions du genre. Roman Abramovitch voue par exemple une véritable addiction aux gigayachts. Avec plus de quatre unités à son patrimoine, l’oligarque a fait construire en 2009 l’Eclipse (pour faire de l’ombre aux autres) actuellement classé plus grand yacht du monde avec ses 164 mètres.

Second de ce classement très convoité, le Dubai, propriété du cheikh Mohammed bin Rashid al-Maktoum, ne fait que 162 mètres.

Paul Allen, cofondateur de Microsoft, aime également la grandeur, et compte officiellement deux gigayachts, dont l’Octopus (12e), qui fait quand même ses 126 mètres.

Bernard Tapie, seul propriétaire français à faire partie du classement des 100 plus grands yachts du monde (89e rang), se situe dans une belle fourchette, avec son Reborn et ses 75 mètres de long. Pour la petite histoire, Tapie s’est offert ce petit fantasme grâce aux indemnités qu’il a touchées de l’Etat français dans l’affaire Adidas-Crédit Lyonnais.

Combien ça coûte?

A l’achat, la théorie du million d’euros au mètre est une bonne base de calcul, même si le montant peut aisément doubler pour les très grandes unités. "Il n’y a pas de limite", précise Xavier Calloc’h, éditeur du magazine Yacht Investor, "Quand on commence à intégrer un mini sous-marin, un hélicoptère, ou même un système de détection antimissile, comme sur l’Eclipse, la question du coût dépasse souvent l’entendement.".

Les prix sont rarement divulgués, mais les experts estiment par exemple l’Eclipse entre 300 et 400 millions, alors que Vava II aurait coûté 140 millions et le Reborn 90.

Ceux qui sont tentés par l’aventure ne doivent pas oublier qu’il faut encore dépenser annuellement – en tout cas 10% du montant d’achat – pour couvrir les frais de fonctionnement.

La masse salariale de l’équipage constitue un poste important, sachant qu’un capitaine touche déjà 10 000 à 15 000 francs par mois, et que l’équipage (3 ou 4 personnes pour un yacht de 25 mètres, 12 à 15 pour un 50 mètres) va également être rémunéré à la hauteur de 5000 à 7000 francs en fonction des postes.

Le fuel (300-400 litres/heure de consommation en vitesse de croisière pour un yacht de 50 mètres) et les places de port, qui se chiffrent entre 1000 et 3000 euros par jour selon les sites et la taille du bateau, peuvent encore devenir dissuasifs pour qui n’aurait pas envisagé suffisamment de marge dans son budget.

"Nous conseillons toujours à nos clients de démarrer avec un bateau d’occasion, explique Jonathan Barbe, broker chez Edmiston, à Monaco. S’agissant d’un marché d’acheteur, il y a d’excellentes affaires à réaliser en ce moment. Cette démarche permet d’avoir une première expérience et de se fixer sur ce qu’on veut. Avant d’envisager une unité neuve.»
Le broker rappelle toutefois "que l’acquisition d’un yacht représente la récompense ultime d’une réussite professionnelle et personnelle. Elle ne doit en aucun cas être envisagée comme un investissement." On l’a bien compris, même en mettant son bateau en charter, on couvre au mieux les frais opérationnels.

Quel pavillon choisir?

Rares sont les yachts qui arborent le pavillon de la nationalité du propriétaire. A la poupe des superyachts, on observe généralement flotter les drapeaux de Malte, de l’île de Man, des îles Vierges britanniques ou plus souvent des îles Caïmans.

"La question du pavillon est essentielle, mais ne saurait donner lieu à une réponse unique", explique Me Alexandra Verges, avocate fiscaliste et maritime internationale de Verges & Co International Law Office.

"Chaque cas doit être traité de manière indépendante. Les critères de choix sont multiples: la résidence fiscale et la nationalité du propriétaire, la structure juridique qui détiendra le bien et également les zones de navigation ou le type d’utilisation (plaisance, commerciale) entrent en ligne de compte pour trouver la meilleure solution."

"Il y a encore des contraintes de référentiel technique applicable au yacht ou des questions d’équipage (certification, aspects sociaux et fiscaux…), etc., qui doivent inciter à réaliser une étude fiscale et juridique approfondie.".

"Il existe de nombreuses possibilités au sein de l’UE, également, qui sont moins utilisées, notamment par effet de mode de certains registres."

Marco Vögele fait figure d’exception avec le Gliss, qui exhibe fièrement son pavillon suisse.

L’Office fédéral de la navigation rappelle que ces couleurs sont généralement réservées aux propriétaires skippers — ce qui est le cas de Vögele — et que la législation présente des contraintes qui ne sont pas forcément compatibles avec un superyacht, comme l’interdiction du charter et de location.

Dire au final que le monde du superyacht ne connaît pas la crise serait erroné, et les unités de 30 à 50 mètres se négocient largement 30% au-dessous de leur valeur affichée.

Par contre, les yachts d’exception sont toujours convoités. Les grands chantiers, à l’image de l’allemand Lürssen (la Rolls du yacht), ont leur carnet de commandes bien rempli. Une nouvelle unité de 180 mètres, qui va supplanter l’Eclipse, doit d’ailleurs bientôt sortir des ateliers de Brême.

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